Le Grand Musée égyptien près des pyramides de Gizeh
Al maataf al-misri al-kebir en arabe
Grand egyptian museum (GEM) en anglais
Par isabelle Lendrevie, avocate, Docteure en droit et Licenciée en histoire. Toutes les photos sont de l’auteur et prises en septembre et en novembre 2025.
Un chantier pharaonique de plus de vingt ans et une prouesse architecturale à vocation également scientifique et pédagogique

Il aura fallu attendre plusieurs décennies, une révolution, une pandémie et de nombreuses crises politiques pour enfin découvrir ce nouveau musée du Caire qui se situe près des pyramides de Gizeh. Il avait ouvert partiellement ses portes au public en novembre 2024 avec les 3/4 des salles ouvertes. Il sera inauguré officiellement le 1er novembre 2025 avec de nouvelles salles comme celle de Toutankhamon qui sera la pièce maîtresse du musée.
Le projet avait démarré sous le Président Moubarak dans les années 1990. Les travaux de construction avaient commencé en 2006, il y a plus de vingt ans, autant que la construction de la pyramide de Gizeh.
Ce musée a été conçu par le cabinet irlandais, Heneghan Peng Architects. Le musée adopte un design et des matériaux différents ( hiéroglyphes, pierre et verre…) et une structure triangulaire et pyramidale proche de celle de ses voisines, les trois pyramides de Gizeh.
Cette construction pharaonique des temps modernes devrait regrouper plus de 130000 objets sur une surface de 22000m2. On a aimé l’esthétique du musée et la mise en valeur des collections.
La rupture avec les musées du centre ville se situe dans l’architecture résolument tournée vers le futur alliant prouesse technologique, visée scientifique et esthétique nouvelle.
Le choix de l’emplacement, en dehors du centre ville, est aussi de relancer le tourisme de masse dans un pays qui en a fait une de ses priorités principales.
Ce nouveau musée d’archéologie égyptienne près des pyramides de Gizeh est le plus grand du monde. Rien n’est plus beau pour oum al dounia, « la mère du monde » comme le disent les égyptiens. L’Egypte entend rivaliser ainsi avec le Louvre de Paris ou d’Abu Dabhi, le British Museum de Londres et le Metropolitain de New York. Le musée aura une vocation scientifique avec plus d’une dizaine de laboratoires permettant de meilleures techniques de conservation et une coopération internationale notamment avec le Japon.
La nomination récente d’un égyptien archéologue spécialiste de l’Égypte antique à la tête de l’Unesco explique ce choix de l’Égypte de se décentrer de l’occident en devenant un des plus grands centres scientifiques de restauration et de préservation des objets antiques.
On a été impressionnée par cette architecture à la fois moderne et aérée permettant à tous les publics et mêmes aux personnes à mobilité réduite de pouvoir circuler facilement. Les salles du haut sont par exemple accessibles grâce à des ascenseurs ou des tapis roulants.
Quand les statues bougent pour écrire une nouvelle page de l’histoire culturelle et politique égyptienne, le cas de la statue de Ramsès II.
L’entrée du musée ouvre sur une sorte de plateau gigantesque au plafond très haut avec au centre la statue
monumentale du pharaon Ramses II (11 mètres et 80 tonnes).
La gare Ramses a donc perdu son pharaon depuis son transfert en 2018 du centre ville vers l’atrium du
nouveau musée. On se consolera en regardant à nouveau le film de Youssef Chahine, Bab Al-Hadi « gare centrale » de 1958, sorti trois années après l’installation sur la place attenante de l’imposante statue de Ramses II.
Dans ce « hall » immense du nouveau grand musée égyptien, on trouve de nombreux cafés ainsi qu’un système de petits plans d’eau (attention à ne pas tomber dans l’eau!) et d’ouvertures qui permettent une ventilation naturelle dans un pays qui connaît des températures élevées une bonne partie de l’année.

Un musée pour tous, petits et grands, valides et invalides… orienté vers les pyramides de Gizeh et une deuxième star, Toutankhamon.

C’est en haut des escaliers et des ascenseurs qu’on peut admirer les trois pyramides de Gizeh ( kheops, Kephren, Mykerinos). On en oublie presque la circulation environnante extérieure infernale et le chaos urbain de cette partie de Gizeh qui se situe quand même à près d’une heure du centre ville du Caire.

Les salles de Toutankhamon et le partenariat financier et technologique avec le Japon, une nouveauté.

Nous n’avons pas trouvé la trace des Hébreux dans le nouveau Grand Musée près des pyramides.
C’est dans le deuxième nouveau musée inauguré il y a peu qui se trouve aussi à l’extérieur du centre-ville du Caire près de la Citadelle, le musée de la civilisation égyptienne (NMEC), que l’on a pu admirer la première représentation du judaïsme égyptien (une Torah).

Ainsi, les touristes ne viendront certainement plus au centre ville du Caire, coeur historique du premier musée d’égyptologie fondé sous la monarchie égyptienne en 1858 par un archéologue français, Auguste Mariette (1821-1881). Le musée d’origine place Tahrir devrait être transformé peut être en école d’art. Pour l’instant, il est toujours ouvert mais il a perdu ses plus grandes stars dont les momies qui ont elles
aussi bougées comme les statues. Ainsi, une nouvelle page muséographique égyptienne s’écrit et le centre-ville se transforme aussi avec des lieux hybrides (nouveaux cafés boutiques et librairies). Il y a une standardisation des goûts et l’Égypte n’y échappe pas. Une génération d’égyptiens tente néanmoins de sauvegarder ce patrimoine historique du centre-ville afin que celui-ci ne devienne pas un musée sans
âme.

