ASPCJE

05/12/10 - Réunion annuelle ASPCJE

Grand repas oriental, suivi d'une table-ronde sur «les causes et circonstances de notre départ massif d'Egypte entre 1948 et 1967 - départs choisis ou départs forcés»

C'était – une fois de plus – notre activité-phare de fin d'année : le repas oriental convivial couplé avec une grande activité sur un thème marquant de notre histoire.

Hasson_img016awebSur la proposition d'Emile Gabbay nous avons choisi un sujet tout à fait essentiel : l'audition de témoignages sur notre exode contemporain d'Egypte, entre 1948 et 1967 ; il s'agissait de cerner les différentes causes et circonstances de tous nos départs. Notre amie Simone Douek, productrice à France-Culture, avait très aimablement accepté d'animer la table-ronde et, dans un premier temps, de recueillir les témoignages écrits. Nous avons alors reçu une quinzaine d'écrits, et nous continuons à accepter un supplément de textes.

circonstances-paris-doc-1299A la suite d'un repas convivial et très appétissant préparé par notre camarade Mireille Grumberg (ex-Betito) et notre traiteur libanais, nous démarrâmes la table-ronde à 15 heures : Simone Douek nous lut un témoignage de son père Victor sur l'époque 1948 ; M. Michel Mazza, M. Clément Ménasce, M. Joseph Darwish et M. Ovadia Yéroushalmi, venu d'Israël, prirent la parole. On fit ensuite passer largement le micro parmi l'assistance.

Le récit de M. Victor Douek, père de Simone, se rapporte aux évènements de 1948, époque de la création de l'état d'Israël. En quelques semaines un grand nombre de personnes – surtout communistes ou sionistes - furent arrêtées et internées durant de nombreux mois. Victor Douek fut interné comme communiste durant 16 mois au camp de Huckstep. Expulsé avec son épouse Rose avec « un aller sans retour », ils purent atteindre par chance Marseille alors que ce n'était pas prévu au départ. Ils se firent enregistrer comme « réfugiés apatrides » et vivent dès lors en région parisienne. Victor Douek est un sculpteur de renom.

Le récit de Michel Mazza concerne l'époque de 1956-7. Michel Mazza a eu un parcours scolaire et universitaire intéressant : il fait des études secondaires à l'Ecole Maïmonide avant de passer le baccalauréat égyptien au Lycée Français d'Alexandrie. Après une admission sans problèmes à la Faculté de Pharmacie, il obtint son diplôme de pharmacien en 1955 et démarra une carrière de pharmacien d'officine. Lors des évènements de la guerre de Suez, Michel Mazza ressentit nettement un climat d'antisémitisme nouveau, avec notamment une offre d'emploi portant la mention « juifs s'abstenir ». Ceci l'amena, avec sa jeune épouse Arlette, à demander spontanément son départ d'Egypte. Michel raconte, à l'arrivée en France,  la prise en charge par le Cojasor et l'obtention rapide d'un emploi pour lui et son épouse.

L'intervention de Clément Menascé est bien différente et concerne son père : M. Menascé-père était patron d'une usine florissante. Il fut séquestré en 1956, mais son séquestre fut levé en 1957. Optimiste, il décida de continuer à travailler en Egypte. En 1961, il fut frappé de plein fouet par la grande vague de nationalisations que décréta Nasser. Ses comptes en banque furent gelés et il fit une grave et longue dépression. Les autorités égyptiennes de l'époque lui refusèrent un visa pour quitter le pays. Il finit néanmoins par l'obtenir en 1963. Clément avait à l'époque 16 ans. Les Menascé reçurent aussi l'aide du Cojasor.

Les deux témoignages suivants évoquent la douloureuse époque de 1967, lors de la Guerre des Six Jours.

circonstances-paris-doc-1306 En 1967, Ovadia Yéroushalmi est interné au bagne d'Abou Zaabal avec 450 autres juifs, restés encore en Egypte. Ils furent journellement frappés, malmenés et humiliés. La cuisante défaite égyptienne y est sûrement pour quelque chose. A la fin de 1967, ils furent transférés au bagne de Tourah, puis de là, à la Prison des Barrages. Ovadia fut enfin libéré en 1969. Nantis d'un passeport espagnol généreusement octroyé par les autorités espagnoles, lui et sa femme Yolande vivent depuis lors en Israël.

Le dernier intervenant, Joseph Darwish, évoque aussi cette époque. Trop jeune pour être interné, il dut s'occuper au mieux de son père et son frère tous deux emprisonnés. Leur internement fut si dur que le père, une fois libéré, devint aveugle. En 1970, Joseph Darwish se désista de la nationalité égyptienne et regagna la France.

Le micro passa ensuite dans la salle, avec de nouveaux éclairages apportés par les participants.

Emile Gabbay souligna le traumatisme subi par nos parents, qui avaient largement dépassé la cinquantaine (le père de Lucien Pérez avait 70 ans).

Joe Chalom évoqua son arrestation en 1956 du fait qu'il figurait sur la fameuse « liste noire ». Son arrestation affecta beaucoup ses parents et en particulier son père qui fit une grave dépression nerveuse. Après son expulsion et fin décembre 56, ses parents décidèrent de partir eux aussi. Pour un expulsé, les autorités égyptiennes obtinrent donc quatre départs ! Ce départ fut ressenti par les Chalom comme une délivrance.

Yves Fédida rebondit sur la fameuse « liste noire » et souligna que les autorités égyptiennes avaient bien prémédité ces départs massifs. Concernant les trois périodes – 1948, 1956 et 1967 – il souligna le net crescendo de la haine qui connut son apogée en 1967, avec les mauvais traitements et les tortures.

Comme on le voit cette après-midi fut riche et pleine d'enseignements. Nous avons bien l'intention de prolonger ce travail avec la publication d'un « cahier de témoignages ». Un CD édité par Simone Douek sera aussi bientôt disponible.

circonstances-paris-doc-1309circonstances-paris-doc-1315Merci à Simone Douek pour son animation parfaite et très professionnelle ! Merci à son fils Alexandre pour la supervision de la sono.
(Voir le compte-rendu complet dans le bulletin N°46.)

    

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