ASPCJE

20/04/13 - Albert-Armand Maarek

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Samedi 20 Avril 2013 à 15 heures, à la Maison des Associations du 12ème nous avons eu le plaisir de recevoir Albert-Armand MAAREK, qui nous fit une Conférence à propos de son dernier livre : LES JUIFS DE TUNISIE (entre 1857 et 1958), Histoire d'une émancipation. (Ed. Glyphe 2010).

maarek-IMG 0337Albert-Armand Maarek professeur d'histoire, durant près de quarante  années a entrepris un travail fouillé d'historien, à l'occasion de l'écriture de cet ouvrage.

L'auteur considère que son travail correspond à un devoir de mémoire. Lui-même a connu la Tunisie investie de la présence française et puis arrive 1956 et la France s'en va ! Les Juifs de Tunisie perdent leurs repères.
Ils étaient en Tunisie depuis 30 siècles, arrivés avec les Phéniciens créant des comptoirs commerciaux, fondant Carthage, subissant l'invasion romaine, puis 9 siècles plus tard la conquête arabe. La protection de la minorité juive en terre d'Islam se paye par le statut de Dhimmi, espèce de citoyenneté de deuxième rang. La communauté juive s'enrichit par l'arrivée de certains exilés d'Espagne, après leur expulsion de 1492, leur transit par Livourne qui commerce activement avec la Tunisie. Cette population juive gorniya va cliver la communauté en deux fractions les Grana se distinguant des Twansa. La scission, allant jusqu'à la séparation des cimetières en deux parties, sera formalisée à partir de 1741.
Au 18ème siècle, l'Europe et singulièrement la France qui commerce avec l'Algérie et puis la colonise, s'intéressent de plus en plus à la Tunisie. Ce pays qui est une régence de l'empire ottoman, dont la puissance décroît, est une contrée convoitée par le second empire, qui mène une politique étrangère active.

maarek-IMG 0341L'ouvrage d'A - A Maarek démarre en 1857 avec l'affaire Batou-Sfez. Ce modeste cocher juif, qui a eu une altercation avec un musulman, va l'insulter comme ceci se fait communément « Maudite soit ta religion ». Mais le tribunal religieux musulman qui assigne Batou Sfez déclare qu'il y a eu blasphème contre l'Islam et le condamne à la décapitation ; ce qui fut fait sans délai au palais beylical de La Marsa. Le consul de France intervient pour solliciter la clémence du Bey de Tunis, mais sera éconduit par ce souverain qui argue du fait qu'il est « prisonnier de la religion. ». Il n'en fallait pas plus pour qu'une campagne de presse se développe en France, qu'un navire de guerre soit dépêché au large de La Marsa et qu'un « Pacte Fondamental » soit promulgué par le Bey. La voie est ouverte vers un système de juridiction à deux vitesses et à l'instauration de « capitulations », mesures permettant de protéger les résidents étrangers. Les Tunisiens juifs vont s'engouffrer dans cette brèche, où curieusement on va compter aussi quelques centaines de musulmans.
A partir de 1881, la Tunisie devient un Protectorat français ; ce qui signifie que le gouvernement beylical est doublé par celui du Résident Général français, dont les directeurs de service contrôlent et influencent largement les ministères du Bey.

maarek-IMG 0362Le deuxième sujet que développe A-A Maarek est celui de l'éducation. Les Juifs parlent le judéo-arabe ou l'italien. Or l'école laïque française débarque, pratiquement en même temps que l'Alliance Israélite Universelle (AIU), toutes les deux enseignant en français. Des conflits vont naître entre les deux institutions, des clivages sociaux existant dans leur fréquentation. Mais ce qui est sûr, c'est que la communauté juive tunisienne va progressivement se franciser culturellement et que les filles vont pouvoir accéder à l'enseignement.
Une presse juive francophone commence à se développer ; Mardoché Smadja, issu de la Hara fonde le journal « La justice » et cherche à représenter le judaïsme tunisien au Congrès Colonial en France. Mais une nouvelle question se pose pour les Juifs de Tunisie. Les premiers congrès sionistes se sont déroulés en Europe, menant à la création de deux associations sionistes, Agoudat Tsion animée par Valensi en 1906 et Yochevet Tsion par Boccara en 1914. Sur fond de Première Guerre mondiale, d'exactions anti-juives causées par les Tirailleurs Tunisiens de retour du front, de l'inertie de la police française lors de ces événements, commence à se poser la question de l'orientation sioniste ou française pour les Juifs de Tunisie. Lors du défilé de la Victoire en 1918, des drapeaux sionistes apparaissent et causent manifestations et pillages de magasins juifs.
Parallèlement à la création de mouvements de jeunesse juifs orientés politiquement (UJJ, Hachomer, Bétar..), des mouvements indépendantistes tunisiens se développent : Destour en 1920, puis Néo-Destour en 1934 qui s'affirment antisionistes.

Une prise de conscience de l'identité juive, renforcée par les quelques mois d'occupation allemande en 1942, fait s'interroger la population juive de Tunisie sur son avenir après l'indépendance de ce pays. La naturalisation française est devenue beaucoup plus facile depuis le tournant du XXème siècle. Près de 7000 Juifs tunisiens sont français. Des vexations et des brimades sont devenues habituelles envers les Juifs dans le nouveau pouvoir après 1956, indépendance de la Tunisie. La question sensible de l'expropriation du cimetière juif au centre de Tunis heurte les sensibilités. Les attitudes abruptes de l'administration municipale (Ahmed Zaouche) ou gouvernementale font que les Juifs de Tunisie, de manière très discrète, quittent le pays progressivement. Les événements de Bizerte en 1961 ou la Guerre des 6 jours en 1967, achèvent de décourager les plus endurants à rester en Tunisie. Ce pays aura perdu en quelques années 95 % de sa population juive.

maarek-IMG 0356À travers ce descriptif, très largement émaillé d'anecdotes, Armand Maarek nous a décrit un processus d'évolution de la société juive tunisienne, qui n'est pas sans rappeler celle des Juifs d'Égypte. De nombreuses questions de l'assistance (*) montrent que ce parallélisme est présent dans les esprits. Le travail minutieux de l'historien n'a pas empêché notre conférencier de nous raconter une histoire quelquefois drôle, souvent tragique, qui nous a tenus en haleine tout du long.

(*) Parmi les questions posées, une d'entre elles porte sur un écrivain et journaliste juif tunisien, Daniel Hagège, auteur - entre autres - d'un livre sur les proverbes judéo-arabes tunisiens. Une brève réponse du conférencier situe, à l'évidence, M. Hagège dans le camp des traditionalistes (en marge de l'action moderniste de l'AIU et autres écoles françaises).

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Victor Attas - 27 mai 2013

Michel Abitbol qui est l'auteur de la préface écrit : "L'ouvrage d'Albert Maarek constitue une contribution sérieuse à l'histoire du judaïsme tunisien et à ce titre, mérite de figurer en bonne place dans toutes les bibliographies consacrées à l'Afrique du Nord et à ses Juifs"

A travers ce livre, Albert Maarek poursuit en ce qui concerne les juifs de Tunisie une démarche identique à celle que mène l'ASPCJE pour les juifs d'Egypte, à savoir : la mémoire de l'histoire et préservation des lieux juifs avec comme exemple le cimetière de Borgel. De très belles photos illustrent cet ouvrage. 

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