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09/05/12 - Paul-André Claudel

Cercle de lecture du 12 mai 2012. « Alexandrie, histoire d'un mythe » par Paul-André Claudel, éditions Ellipses, 2011.

Claudel-Alexandrie-rectox30À ce cercle de lecture du 12 mai 2012 nous eûmes le plaisir de recevoir un jeune maître de conférences de l'université de Nantes qui vint nous exposer ce qui fut son travail de thèse et qui est présenté dans un ouvrage de grande qualité, publié aux éditions Ellipses. Paul-André Claudel est enseignant en littérature comparée. La littérature comparée étudie en particulier des auteurs de langues différentes ou d'époques diverses, qui ont abordé les mêmes thèmes sous des prismes différents. Paul-André Claudel s'intéresse en particulier aux écrits dans lesquels l'Occident a imaginé et fantasmé au sujet de l'Orient.

L'auteur s'est intéressé à une ville : Alexandrie d'Égypte. Il a fouillé l'immense littérature concernant cette cité, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine ; il a montré de façon brillante à quel point les textes littéraires foisonnants concernant Alexandrie contrastent avec les vestiges matériels infiniment limités qui y subsistent. C'est pourquoi le mot « mythe » paraît bien adapté. Selon l'auteur, le fait qu'il ait lui-même quelques racines familiales à Trieste – ville très cosmopolite au 19ème siècle – peut avoir contribué à son intérêt pour le sujet « Alexandrie ».
Par ailleurs, vers 2004, il a beaucoup étudié un poète alexandrin d'origine gréco-italienne, assez méconnu mais intéressant, Agostino John Sinadino.

Quelle nouveauté ce livre apporte-t-il par rapport à toute la somme de livres contemporains sur Alexandrie (entre autres Robert Solé, Daniel Rondeau et Olivier Poivre d'Arvor) ? Sans compter que ce livre est bien écrit, très exhaustif et fouillé, il y a une différence fondamentale : alors que la plupart des auteurs précédents se sont essentiellement attachés à deux époques très éloignées l'une de l'autre – l'antiquité gréco-romaine et la période contemporaine cosmopolite – Paul-André Claudel n'a aussi nullement négligé les autres époques intermédiaires, à savoir les premières années du christianisme, la conquête arabe et l'empire ottoman. Autant dire qu'il donne volontairement sa place à tous les moments des vingt quatre siècles de la ville d'Alexandrie. Madame Azza Heykal, native d'Alexandrie, enseignante à l'Inalco, félicita l'auteur pour cette nouveauté, à ses yeux essentielle.

La première rencontre de M. Claudel avec Alexandrie date de 2006 ; il partit vers la ville et fit notamment des recherches aux consulats de Grèce et d'Italie. Il ressentit la cité comme « une ville posthume, au passé prestigieux « macadamisé » ; une ville du temps perdu qui s'éteint peu à peu ... de beaux monuments avec des cariatides décapitées, des marbres fissurés, un phare englouti et une bibliothèque qui a brûlé... ». Cette ville exceptionnelle maria Orient et Occident ; elle fut tour à tour grecque, romaine, arabe, ottomane, française puis anglaise...

Nous avons dit qu'Alexandrie a une mémoire écrite très riche et intense contrastant avec la rareté des vestiges qui en témoignent. On ne connaît même plus l'emplacement de l'ancien phare, on ne sait pas grand-chose sur la sépulture d'Alexandre le Grand ; les monuments ont le plus souvent changé de destination : les temples sont devenus églises puis celles-ci sont devenues mosquées...
Les très nombreux textes parlant d'Alexandrie le long des siècles ressuscitent pour nous tous les évènements passés ou les légendes qui y sont attachées. Nous en citerons quelques-uns dans l'ordre chronologique :
Pour remonter à la fondation d'Alexandrie par Alexandre, le conférencier relata la belle légende de la farine que le conquérant aurait fait répandre sur les lieux où la ville devrait être érigée. Aussitôt des nuées d'oiseaux vinrent dévorer toute cette farine répandue par terre. Fallait-il y voir un présage funeste ? Les historiens répondirent par la négative en présageant que la future ville pourrait largement nourrir tous ses habitants.

Après avoir cité de nombreux commentaires à propos du fameux phare d'Alexandrie et survolé la riche époque gréco-romaine, l'auteur se pencha sur la période chrétienne et s'attarda un moment sur la légende de la très illustre savante Hypatie qui fut persécutée par des « intégristes » chrétiens (et notamment l'évêque Cyrille) et condamnée à mort. La légende de sainte Catherine au 3ème siècle est édifiante : condamnée elle aussi à mort, la roue sur laquelle elle était attachée se fractura suite à ses prières ce qui la sauva... provisoirement.
Au Moyen-âge les arabes vont redonner à la ville son aura. M. Claudel décrit les récits de voyageurs se rendant à la Mecque ou à Jérusalem et qui décrivent tous une ville riche et prospère.
Nous en arrivons à l'époque moderne inaugurée par l'expédition de Bonaparte. Depuis le milieu du 19ème siècle, ce fut la grande époque du cosmopolitisme alexandrin dont nous avons tous vécu les derniers feux. Les œuvres de Cavafy, de Lawrence Durrell, d'Ungaretti puis plus tard de Robert Solé en témoignent. Alexandrie est tellement imprégnée de cosmopolitisme que même notre fameux tramway de la ligne de Ramleh égrène ses stations aux consonances étrangères comme Stanley, Camp-de-César, Stanley, Bacos, Victoria, etc.

Nous en arrivons au terme de la conférence qui fut très vivante et très appréciée par l'auditoire. De nombreuses questions furent posées.

Un grand merci à Paul-André Claudel pour sa venue à Paris et son brillant exposé. Le livre est passionnant et nous le recommandons vivement.

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                                                                                                                                                                                            Joe Chalom et Michel Mazza

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