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23/10/10 - Carolina Delburgo

"Come ladri nella notte  ...la cacciata dall'Egitto"
("comme des voleurs dans la nuit ...l'expulsion d'Egypte")

Delburgo_Come-ladri_200x271Ce livre autobiographique raconte l'histoire d'une famille expulsée d'Egypte en novembre 1956 durant la crise du canal de Suez, 130 pages publiées aux edizioni Clueb Bologna 2008. Seconda edizione. Devant l'intérêt du livre  "come ladri nella notte....", nous avons invité l'auteur, madame Carolina Delburgo, habitant Bologne en Italie, à venir nous présenter son livre à Paris le samedi 23 octobre 2010. Etait présent, ce jour là, notre ami Illios Yannakakis qui avait écrit une intéressante postface au livre. Un public de près de 45 personnes fut captivé par la grande sensibilité et le talent de notre conférencière, dont l'émotion était communicative.

Rappelons brièvement la trame du livre : Carolina est née d'un père d'origine italo-espagnole et d'une mère d'origine salonicienne, tous deux nés en Égypte. Ils ont vécu et se sont mariés au Haret el Yahoud au Caire (le quartier juif). La famille est heureuse d'autant plus qu'elle connaît une belle ascension sociale, le père comme premier agent de Philips, et la mère esthéticienne de la famille royale.

En novembre 1956, dans la suite immédiate de l'expédition franco-anglo-israélienne de Suez, survient la catastrophe et le nœud central du livre : Le père, Léon, est arrêté et interné ; quelques semaines plus tard, alors que Carolina n'a que dix ans, la famille est expulsée dans des conditions dramatiques. Dans la troisième partie nous découvrons l'accueil chaleureux dans le sud-italien et la reconstruction progressive.

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Le commentaire d'Illios Yannakakis fait apparaître des points saillants : des questions qui tournent autour de la mémoire de la petite fille, l'attitude particulièrement humaine que manifesta ce peuple du Sud italien dans les années cinquante, et enfin l'amour et la solidarité qui unissent très fortement la famille Delburgo.

Quand Carolina prit  la parole elle insista fortement sur l'aspect historique dans lequel son histoire s'inscrit : l'exode global et définitif, en deux décennies, des juifs d'Egypte et d'ailleurs des juifs des autres pays arabes.

Elle rappelle la vie qu'elle a vécue en Egypte, et notamment au Lycée Français de Bab-el-Louk, au milieu d'enfants de toutes nationalités  et de toutes confessions. « Et cependant, nous nous sentions autochtones », dit-elle.

Et elle évoque le contexte des évènements de Suez de fin octobre 56 qui amenèrent l'effondrement instantané de la belle quiétude familiale, ainsi que celle de très nombreux juifs égyptiens. Un matin de fin octobre, Carolina se réveille et perçoit une grande confusion à la maison. Il s'est apparemment passé des choses dans la nuit que sa mère veut lui cacher (« ce sont les affaires des grandes personnes »). Elle apprendra plus tard que son père Léon avait été arrêté et interné. Quelques semaines plus tard la mère de Carolina est convoquée par le consulat italien qui lui dit que la famille doit tout liquider et s'apprêter à partir pour l'Italie, « comme des voleurs dans la nuit ». Et là, la conférencière demande à la salle d'imaginer et  de penser au traumatisme qui fut celui de sa famille et de tant d'autres familles.

Carolina nous parle du bateau Achileos sur lequel ils embarquèrent ; elle nous décrit toute cette population de femmes et enfants juifs,  massés sur le pont du navire, et qui entendent soudain un bruit immense venant des cales du navire. Et c'est tout à coup l'irruption de tous les pères de famille précédemment internés, les retrouvailles et les embrassades !

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Arrivés en Italie au port de Brindisi, dans le Sud italien, ce qui frappe le plus les réfugiés - et ce dont Carolina se souvient bien – c'est l'attitude d'amitié et de solidarité manifestée par les habitants de la ville. Il s'ensuit un hébergement dans des constructions au camp de Bocca della Puglia, hébergement austère mais accueillant. Carolina gardera un souvenir lumineux de ces semaines passées au camp avec les jeux enfantins et la découverte de l'italien.

Peu à peu, Léon, le père, trouva du travail à Naples où la famille s'installa dans un premier temps. A nouveau la vie s'organisa.

C'est l'épilogue de cette histoire qui est extraordinaire. Presque cinquante ans plus tard, Carolina et son époux Lucio reviennent à Brindisi, et Carolina a un vif désir de revoir le camp de Bocca Della Puglia...s'il existe encore.

En effet, il existe mais nul n'a le droit de le visiter. Devant l'insistance de Carolina on lui permet d'entrer dans le camp de Bocca Della Puglia . El elle ressent alors une émotion très intense.

Ayant appris que ce camp était destiné à être détruit, Carolina écrivit au Maire de Brindisi en lui expliquant ce que ce camp représentait pour les juifs d'Egypte, et indirectement pour les habitants de Brindisi qui furent si généreux.

Quelques mois plus tard, alors qu'elle ne pensait plus recevoir la moindre réponse, elle est informée par la Mairie de Brindisi que la pose solennelle d'une stèle sera effectuée devant le camp le 29 novembre 2006, soit exactement 50 ans après de l'arrivée de l'Achiléos. Elle est un peu la reine de la fête.

La cérémonie à Brindisi fut magnifique. La volonté de Carolina avait abouti !

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La salle fut conquise. Un grand merci à Carolina et à son époux Lucio.

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