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Aller Chercher Demain - Denise Chalem

"Aller chercher demain" de Denise Chalem - Au petit Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris.

Mise en scène : Didier Long, assisté de Jeoffrey Bourdenet. Distribution : Michel Aumont (Charles), Denise Chalem (Nicole), Philippe Uchan (Adrien), Patricia (Nanou Garcia). Scénographie : Jean-Michel Adam ; Lumières : Gaëlle de Maglaive ; Musique : François Peyroni.

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Une infirmière qui partage sa vie entre le service des soins palliatifs d'un hôpital et son père âgé, attendant les fins dernières en racontant des blagues juives... Il serait assez facile de réduire "Aller chercher demain" de Denise Chalem à une pièce à thèse sur l'euthanasie. D'autant que l'auteur glisse quelques formules appuyées pour assurer la promotion de l'Association pour le droit à mourir dans le dignité. Mais le sujet est bien trop intime et délicat pour se satisfaire de quelques répliques de théâtre. Mieux vaut donc laisser le spectateur à sa conscience et à l'infinie complexité de choix éminemment personnels.

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Ce n'est donc pas là que se situent l'intérêt et le charme de ce spectacle, moins convaincant, on l'aura compris, que "Dis à ma fille que je pars en voyage", qui avait valu à Denise Chalem une pluie d'éloges et un magnifique succès public, il y a cinq ans. On y retrouve toutefois la finesse d'observation et d'analyse du genre humain de cette femme délicieuse, tout à la fois comédienne, auteur, scénariste et réalisatrice pour la télévision et le cinéma. Elle donne ici la réplique à l'un des monstres sacrés de la scène française, Michel Aumont. Bougon, volontiers grinçant, cet ancien voyageur de commerce qui se rêvait violoniste ne semble pas attendre grand chose de la vie, à l'étroit dans un petit appartement où il vit avec sa fille et converse avec son perroquet. Charles et Nicole se chamaillent comme un vieux couple qui s'aime secrètement, ne pourrait vivre l'un sans l'autre mais se garde bien de l'avouer avec des mots. De toute façon, Nicole n'a pas le temps de s'arrêter, elle court sans cesse de son domicile à l'hôpital où elle travaille de nuit.

C'est là qu'excelle Denise Chalem, dans cette peinture des petits riens d'une vie imparfaite et cabossée que l'on tente de redresser à coups de gestes discrets de solidarité et de fraternité. Son texte, auquel il manque un léger soupçon de profondeur, trouve un magnifique allié en Michel Aumont : dos courbé, mine affligée, il souligne en finesse le poids d'une vie tout en rajoutant suffisamment dans l'humour pour que l'on ne sache jamais vraiment jusqu'à quel point il plaisante. La facilité avec laquelle le comédien interprète le personnage sied parfaitement à la veine naturaliste d'un spectacle qui réussit à faire sourire d'un sujet pouvant prêter au désespoir. Ce n'est pas si mal.

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